L'été 26 fut chaud, à plus d'un titre. Température, incendie, politique… Cela fait des années qu'on nous prévient, mais comme jusqu'ici la grande majorité des gens de ce pays ne se sentaient pas impactés, ça glissait doucement en espérant seulement que cela ne gâche pas trop les prochaines vacances à cause des hausses d'essence ou des annulations de trains… Et puis cette fois, plus possible de faire comme si… Là où de médiocres unes de presse évoquaient les écolo-alarmistes (Le Figaro), l'écologie punitive (Energies), les charlatans de l'écologie (Valeurs) ; ou même tentaient une forme d'humour : climatique ta mere (Causeur) ; jusqu'à en perdre pied comme Quotidien et un Yann Barthès ricanant de celles et ceux qui se plaignaient de la canicule quand on habite sous les toits. Le mépris de classe s'instaurant entre ceux pour qui la climatisation est la réponse au GIEC, et ceux qui doivent subir et tenter de trouver des réponses citoyennes à défaut de celles que les politiques auraient dû mettre en œuvre depuis des années.
Alors parlons de là où je vis. Parce que le changement climatique, vu d'ici, ce n'est pas une abstraction de COP ou une courbe dans un rapport du GIEC : c'est le Comminges, ses coteaux, sa Garonne, ses champs de maïs et ses toits mal isolés de la Haute-Garonne rurale.
Le Comminges est un territoire à cheval sur deux mondes
La plaine agricole qui descend vers Toulouse, et le piémont pyrénéen qui grimpe vers l'Espagel. Cette position, longtemps un atout ; climat tempéré, eau abondante, terres fertiles, devient précisément ce qui nous rend vulnérables. Sur le massif pyrénéen, le réchauffement est déjà supérieur de deux degrés à l'ère préindustrielle, et il progresse plus vite ici que dans le reste de la métropole. Ce n'est pas une prévision lointaine : c'est un constat officiel de l'État, posé noir sur blanc dans le plan d'adaptation du massif.
Le premier front, c'est l'eau. La Garonne et ses affluents pyrénéens vivent aujourd'hui grâce à la fonte des neiges du printemps. Or cette neige fond de plus en plus tôt, et de moins en moins abondante : moins d'eau au moment où l'agriculture, les rivières et l'alimentation en eau potable en ont le plus besoin, l'été. Les études prospectives menées sur le bassin de la Garonne sont sans appel : à l'horizon 2050, les débits d'étiage naturels pourraient être réduits de moitié. À l'échelle du bassin Adour-Garonne, c'est plus d'un milliard de mètres cubes d'eau qui viendront à manquer chaque année, alors même que la population continue de croître. Le Département de la Haute-Garonne le formule sans détour : le choc vécu ces dernières années ; inondations en janvier, sécheresse en mai, canicules à répétition l'été ; c'était le scénario qu'on annonçait pour 2050. Il est arrivé avec vingt ans d'avance.
Deuxième front, l'agriculture, colonne vertébrale du Comminges. Le maïs, culture reine du département, est aussi la plus gourmande en eau. Les restrictions de prélèvement se durcissent, les assolements se réorganisent, certains agriculteurs basculent vers du maïs « dry » ou du tournesol, avec des rendements divisés parfois par trois. Ce n'est pas un détail technique de chambre d'agriculture : c'est l'avenir économique de nos villages qui se joue dans ces choix de semis.
Troisième front, le logement. Le diagnostic du Plan Climat du Pays Comminges Pyrénées est sans complaisance : consommation d'énergie par habitant supérieure à la moyenne régionale, habitat énergivore, dépendance quasi totale à la voiture individuelle, et une production d'énergie renouvelable locale qui ne couvre qu'un cinquième de nos besoins. La rénovation énergétique des bâtiments est plus qu’urgente ici car peu de maisons sont correctement isolées, et surtout capables d’encaisser les canicules.
Et puis il y a la montagne elle-même : les stations qui doivent déjà repenser leur modèle face à la disparition annoncée de la neige hivernale, la biodiversité pyrénéenne qui encaisse en première ligne, et des glaciers résiduels ; celui de l'Aneto en tête, dont dépend encore, un peu, le débit d'étiage de nos rivières.
Pour 2050, le Comminges un territoire résilient ?
Ce sont ces enjeux là que cette série d'articles se propose de creuser régulièrement: l'eau, l'agriculture, le logement, la mobilité, la forêt... Pas pour ajouter de l'anxiété à l'anxiété, mais parce qu'on ne défend bien que ce qu'on connaît précisément ; et parce qu'ici, dans ce coin de Comminges, il y a autant de raisons de s'inquiéter que de raisons d'agir à notre échelle. A quoi ressemblera ce territoire en 2050 ? Quelle est sa capacité de résilience ? Quelles innovations sont en cours ? Quelles absurdités pourraient aussi voir le jour ? Et puis c’est aussi l’occasion de mesurer à quel point la démocratie est encore assez vivante pour faire entendre que la première préoccupation de nos politiques doit être ce changement climatique auquel nous ne pouvons plus échapper. Pour changer le monde, il vaut mieux commencer par balayer devant sa porte… Nous n’aurons jamais prise sur tout, nous ne pouvons plus ou peu changer le cours des choses ; mais nous pouvons décider de ralentir et de nous adapter. Ce modeste blog n’a pas d’autre ambition. Merci à vous de me lire, et n’hésitez pas à laisser des commentaires ou de m’indiquer des sujets en lien avec cette ligne rédactionnelle.
